Et la nuit se lève est un roman d’Isabelle Sezionale Basilicato qui mêle mémoire, réparation et transmission.
Trois voix s’y croisent : Éléonore, restauratrice de livres anciens, Margaret, figure féministe oubliée, et Lilith, symbole intemporel de liberté.
Autour d’un livre mystérieux et d’un héritage familial, elles tissent un récit où enquête intime et quête universelle interrogent notre rapport au passé, à la vérité et à l’émancipation.
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Extraits du roman *Et la nuit se lève*
Extrait 1 — Éléonore explique Lilith à Loïc
Éléonore, concentrée sur le manuscrit qu’elle inspecte, lève les yeux vers Loïc avec un sourire malicieux.
— Tu m’épates. J’ai découvert Lilith l’année dernière lors d’un jeu télévisé.
— Sérieusement ?
— Oui, je t’assure ! Quand un candidat a dit : la « 1ère femme d’Adam », j’ai cru avoir mal entendu. Et là, l’examinateur confirme avec aplomb : « Oui, Exact. Lilith est bien la 1ère femme d’Adam. » J’étais sidérée. Alors j’ai cherché sur Google tout ce que je pouvais trouver sur elle.
— Je peux imaginer, murmure Loïc, un sourire au coin des lèvres. Donc, tu sais qui elle est.
— Eh bien, j’ai vu que le texte de la Genèse propose deux récits différents de la création de la femme. On trouve dans la Genèse 1,27 « Mâle et femelle furent créés à la fois ». Alors que dans la Genèse 2,21 il est question de la création d’Ève à partir de la côte d’Adam. Du coup, deux créations distinctes ? Homme et femme égaux dans un premier temps puis dans un deuxième temps, Ève créée à partir d’Adam…
Loïc hoche la tête pour approuver.
— C’est possible. Et après ?
— Rien de plus intéressant dans la Genèse. Mais j’ai lu qu’on parlait de Lilith dans la Kabbale. Et là, c’est marrant.
— Tu en sais plus que moi ! Dis-moi ce que tu as lu ?
— D’accord, je te raconte l’histoire à ma sauce.
Extrait 2 — Éléonore et le livre oublié
Depuis qu’elle a quitté Loïc la veille, Éléonore est plongée dans la restauration de Lilith Unchained.
Ce n’était pas un simple livre : il avait une présence. Dans sa texture, dans le grain de son papier, et surtout dans son odeur. Un mélange de cuir, de chocolat et de café qui à la fois la rassurait et l’intriguait. Manipuler cet ouvrage lui donnait l’impression d’entrer en contact avec un fragment d’histoire, un témoin muet de vies passées.
« C’est un objet vivant », se rappelle-t-elle en souriant, reprenant les paroles de ses maîtres d’atelier à Tours.
Elle pose le livre sur la presse à main, fronce les sourcils un instant. Il semble presque attendre. Un souffle, un moment de flottement, puis elle reprend son travail.
Elle observe la couverture en maroquin. Les craquelures et la poussière trahissent des années de négligence, mais n’effacent pas son élégance.
— Un nettoyage en profondeur suffira probablement à lui rendre sa couleur crème luxueuse. Mais peut-être que je devrais conserver cette patine, murmure-t-elle, indécise.
Le corps d’ouvrage a davantage souffert. Elle tourne quelques pages avec précaution, effleurant du bout des doigts les rousseurs et les déchirures. Une sensation étrange la parcourt. Comme si le livre réclamait sa restauration, comme si chaque minute d’attente lui faisait perdre un peu de sa valeur. Elle se ressaisit.