Du mythe de Lilith au conte d’Éléonore

Au Festival du Livre de Nice, beaucoup des personnes qui se sont arrêtées devant Et la nuit se lève ignoraient l’existence même de Lilith. D’autres en avaient entendu parler, mais sous des formes parfois très différentes.

Les échanges ont alors commencé par une question simple : d’où vient cette figure dont le nom traverse les siècles ?

Je n’ai évidemment pas eu la prétention de présenter toutes les interprétations de ce personnage complexe. J’ai orienté les conversations vers les traditions et les récits qui ont inspiré mon roman.

Tout a commencé par deux lignes de la Genèse, avant d’aborder les textes où apparaît le prénom de Lilith, puis les traditions kabbalistiques qui ont contribué à façonner cette figure.

Puis j’ai évoqué la manière dont certaines féministes américaines du XXᵉ siècle se sont emparées de Lilith comme symbole du refus du patriarcat.

Enfin, j’ai dévoilé le parti pris d’Eléonore, l’héroïne du roman: imaginer un conte dans lequel Lilith retourne au jardin d’Éden.

Mais elle n’y revient pas pour chasser Ève, ni pour reprendre une place qui lui aurait été refusée.

Éléonore choisit une autre voie.

Elle imagine une Lilith qui revient pour transmettre une vérité oubliée et demander à Ève de la faire connaître à son tour.

L’objectif n’est pas la revanche. Il n’est même pas la réhabilitation de Lilith pour elle-même.

Ce qui importe désormais, c’est la transmission.

Peut-être est-ce pour cette raison que cette histoire a suscité autant de questions. Derrière le personnage de Lilith se cache finalement une interrogation plus vaste : que devient une vérité lorsqu’elle est oubliée ? Et que se passe-t-il lorsque quelqu’un décide de la transmettre à nouveau ?

C’est sans doute ce qui m’a le plus touchée lors de cette journée : voir une histoire quitter les pages d’un livre pour devenir une conversation.